Les Tribulations d'une famille sur les routes de la soie” /> User-agent: Googlebot allow: /

15 janvier, 2007

Bols de vies


L'ex-propriétaire de notre nouvelle maison ayant fait ses valises, nous avons fixé la date du déménagement pour cette semaine. Plutôt que de déterminer celle-ci en se référant au calendrier chinois ou en se livrant aux bons augures d'une chiromancienne taoïste (très important ici), je me suis fondé sur mes propres divinations dermatologiques (science divinatoire basée sur les constellations cutanées du corps et les fluxions d’humeurs - pour ma part je suis du signe du pore, ascendance verrue -). Compte tenu de la disposition et de la pigmentation actuelle de mes éphélides dorsales j’en suis arrivé à la conclusion que le 17 janvier était une date particulièrement propice aux déplacements géographiques (curieusement - et cela me conforte dans le sérieux et la validité de cette science - je suis parti pour mon tour du monde à vélo le 17 janvier 1993).
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La maison dispose de cinq niveaux, dont deux sont actuellement en location (30 et 40 euros mensuels). Dans un premier temps, le rez-de-chaussée devait être occupé par une nièce de Xiao-Lin de retour au pays. Mais...
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A l’instar des 150 millions de migrants des zones rurales employés dans les villes, (soit 11,5% de la population) la nièce, petit grain de riz dans ce grand flux migratoire, voulut tenter sa chance et fuir les rigueurs de la campagne. Employée pendant près de trois ans dans une usine de produits toxiques du centre de la Chine, la tâche ne fut pas facile, mais bien rémunérée : 2000 yuans mensuels, soit le double d’un salaire moyen chinois. Non seulement satisfaite de cumuler les heures de travail, elle trouva le temps de se marier (sans cérémonie officielle) et de suivre un stage d’apprentissage sur la cuisson et la préparation du canard laqué ! C’est donc la bourse pleine, un homme dans la poche - et pas l’inverse - , et le crâne farci de gallinacés croustillants, qu’elle refait surface.
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Avant toute chose elle devait s’acquitter, au prix fort, d’une place sur le marché local. L’emplacement étant vendu au plus offrant, elle a dû surenchérir sur une voisine de sa tante chez qui elle devait s’installer. Du coup la concurrente, qui l’a en travers de la glotte, s’est dressée sur ses ergots. Alors, pour éviter les ennuis la nièce préfère se tenir à carreau et nicher pendant un temps au rez-de-chaussée de notre domicile.
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Profitant de notre déplacement à Guilin, la grande ville voisine où je devais y prolonger mon visa, elle nous accompagna afin d’y effectuer des achats de marmites et autres ustensiles utiles à l’activité de laqueuse de canards. Tout se déroula comme sur des roulettes (la demande pour un visa d’un an fut acceptée sans peine), à ceci près qu’à notre retour, traînant de l’aile dans les embouteillages, un taxi eut la malencontreuse idée d’emboutir l’arrière de mon AX.
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Comme il est d’usage dans de telles circonstances, les auteurs de l’accident doivent s’immobiliser sur les lieux du drame et attendre l’arrivée des forces de l’ordre pour y démêler les responsabilités de chacun. Dans notre cas la situation était suffisamment claire et sans gravité : si mon pare-chocs s’en tirait avec de discrètes éraflures, mon coffre, en revanche, ne fermait plus à clef. Le taxi avait tous les torts, et l’incident, trop bénin pour faire intervenir notre assurance, ne pouvait se conclure que par une compensation financière immédiate, de la main à la main. Après une quinzaine de minutes de négociations j’obtenais 50 yuans (5 euros). Pas de quoi remplir la marmite !
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Manque de bol, de riz ! Le lendemain, l’énorme jarre de cuisson en terre cuite qui devait servir à rôtir la volaille (il faut que je dégotte une photo), se révéla trop volumineuse pour franchir la porte de la cuisine. Notre " basse cour " extérieure étant mal adaptée, la nièce se résigna donc à chercher un local plus approprié à son activité.
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Tenancier
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Tenant à coeur mon nouveau rôle de tenancier d’une modeste pension de famille dans une bourgade du Sud de la Chine, mais handicapé par mon indécrottable analphabétisme en matière de mandarin, je laisse le soin à Xiao-Lin de se dépatouiller de la paperasserie et de ses galimatias copieusement indigestes. Compteurs d’eau, d’électricité (à relever et à payer tous les mois), redevance télé (la liaison est déconnectée lorsque la facture annuelle n’est pas réglée), ligne téléphonique avec branchement à l’ADSL... Faut saisir les nouvelles règles du jeu. Crise de stress !
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Et puis, comme de bien entendu, il y a les petites surprises inhérentes à l’installation dans une nouvelle résidence : tuyauteries et évacuations d’eau bouchées par des rats en décomposition, circuits électriques défectueux, les murs imprégnés d’humidité... Bref, les bonnes surprises habituelles.


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On en est là, à remettre en état une partie de l’installation électrique. Moi qui, en France, commençais à saisir quelques rudiments du métier, me voici plongé dans un océan de perplexité : Pas de boîtiers de fusibles, des câbles gros calibre, la terre reliée au mur... Je dois donc raccorder toute ma confiance aux électriciens du cru vêtus d’une tenue de camouflage, apparemment des petits gars du génie en formation, embauchés par un ancien militaire. Le prix est fixé au mètre de câble installé, soit 0,25 euro/m. A charge pour nous d’acheter et de fournir le matériel nécessaire aux travaux.
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Soucieux d’apporter un peu plus de confort à tous les étages, nous avons fait installer douches, ballons d’eau chaude électriques, et hottes aspirantes dans les cuisines. Mais cela n’empêcha pas aux locataires, dès notre arrivée, de réclamer une réduction du loyer ! Le confort - s’il y a un prix à payer - ce n’est pas trop leur truc. Ainsi, plutôt que de consommer en chauffage électrique, ils préfèrent se calfeutrer dans leurs grosses vestes et se rassembler autour d’un brasero alimenté de charbon de bois. Etant donné l’absence de cheminée, et afin de ne pas mourir asphyxiés par la fumée, ils doivent laisser les portes ou les fenêtres ouvertes. L’air chaud se mêle aux courants d’air. Vivifiant !

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22 juillet, 2006

Porte de Chine

Sésame, ouvre soie !

Inutile de s'être présenté aux premières heures de la matinée, ce n'est qu'à 10 h 30 que les grilles de la douane kazakh s'ouvrent.

Maintenant bien habitués aux tracasseries des douanes de la région, on s'accommode presque des lenteurs administratives et de la curiosité poussée des militaires kazakhs (je dois faire défiler toutes les photos mémorisées sur mon appareil numérique). Mais ce qui leur cause le plus de soucis, comme dans toutes les autres douanes, c'est le carnet de passage en douane du véhicule. Afin de pouvoir quitter le pays ils me réclament ce document, mais ont toutes les peines du monde à le remplir (le carnet se présente sous forme de feuilles pré-remplies en français et en anglais avec les caractéristiques du véhicule. Un feuillet doit être remis à la douane d'entrée et de sortie de chaque pays, tandis que pour ma part je conserve les talons dûment tamponnés). Après une bonne heure, presque raisonnable, nous pouvons quitter le Kazakhstan. Nos visas étant à entrée unique nous ne pouvons faire marche arrière. Si les Chinois refusent l'entrée du véhicule nous serons irrémédiablement bloqués avec celui-ci !

Comment entrer en Chine avec son véhicule ?

Déjà évoquées dans mes préparatifs, les données du problème pour entrer en Chine avec une voiture ou un campingcar sont les suivants :

Cela reste très difficile (ou très onéreux) de rentrer en Chine avec son propre véhicule. Il faut obligatoirement être accompagné par un guide local, prévoir son salaire, son hébergement et les frais de parking. Chaque année l'association « Camping-cars sur les Routes de la Soie et du monde » organise un tel périple. Les coûts restent élevés : entre 4500 € et 8000 € par équipage. Voir leur site : http://www.camping-car-monde.fr/.
En Ouzbékistan nous avons rencontré un couple d'Anglais dans leur 4x4 qui devait entrer en Chine par le Kirghizstan et rejoindre le Pakistan. Pour les quelques jours de voyage, l'agence chinoise qui se chargeait des formalités leur réclamait 1 200 dollars.
Cependant Jean-Loup et Chris, deux voyageurs à moto (les motos sont théoriquement soumises aux mêmes contraintes que les autos) ont réussi à entrer en Chine en 2005 par la Porte de Dzougarie et à voyager sans assistance. Avant et pendant notre voyage j'ai eu de nombreux contacts avec Jean-Loup qui m'a apporté une foule de renseignements et qui m'a fortement incité à suivre sa trace par cette unique « porte magique » vers la Chine. Son site. Hélas, pour compenser son optimisme « d’aventurier fou » j'avais également en mémoire les nombreuses histoires de voitures abandonnées à la frontière ou d'expulsions chaotiques, ainsi que les injonctions totalement négatives des consulats chinois, et que ma femme soit chinoise ne semblait rien changer à l'affaire.

C'est donc avec ces données en tête que nous roulons sur les quelques kilomètres de no man's land désertique qui séparent les deux pays. La balance ne nous était pas très favorable. Une chance sur dix de passer, tout au moins !

Enfin la grille chinoise s'ouvre. Six soldats hilares nous accueillent les bras grand ouverts, totalement ébahis de voir une voiture débarquer de France, qui plus est avec une Chinoise et des enfants à bord ! Pour le principe ils opèrent une fouille rapide des bagages, puis nous laissent conduire jusqu'au poste de douane.

poste de douane Chinois a Druzba

Poste de douane chinois de Druzba.


Nous nous retrouvons dans un hall immense, climatisé, flambant neuf, et quasiment désert. Un gradé nous reçoit avec un grand sourire et nous aide à remplir les différents papiers. La différence de comportement avec les autres douanes de la région est saisissante. En quelques minutes les formalités sont accomplies. Les employés, comme s'il s'agissait d'une procédure habituelle, nous invitent même à remplir différents papiers pour le véhicule.

Mais c'était bien trop facile pour être vrai. Xiao Lin avait dit quelques mots de trop lorsqu'elle évoqua son souhait de rallier en voiture sa ville natale. Et ça ce n'était pas dans le contrat ! Les papiers que nous venions de remplir nous permettaient juste de laisser le véhicule en stationnement au poste frontière. Pas question de crapahuter librement sur le sol chinois avec une voiture étrangère, même avec une Chinoise à bord (Xiao Lin n'a de toute façon pas de permis de conduire).

Dépité, mais sans être surpris par la tournure des événements, et tentant le tout pour le tout, nous évoquons discrètement le cas d'un ami motard, et en dernier recours je leur tends mon carnet de passage. Visiblement, pour la douanière en charge du dédouanement des véhicules, cela ne représentait rien. Mais elle aussi, très avenante, nous précisa qu'elle allait en référer à son supérieur dans la ville voisine, et qu'elle serait de retour dans l'après-midi pour nous donner sa réponse.

Entre 14 heures et 16 heures la douane ferme, alors nous nous retrouvons dehors dans la chaleur accablante. Résignée à abandonner le véhicule sur place, Xiao-Lin a déjà trouvé un bâton pour transporter ses bagages, et ensemble nous établissons la liste de ce que nous allons devoir laisser ici. Dans l'attente un officier me prête même de l'argent chinois afin que je puisse prendre un taxi pour la ville voisine et échanger des euros à la banque.

La douane ferme à 19 h 00. A 18 h 50 la douanière n'est toujours pas revenue avec le carnet de passage. A 18 h 55 (si, si !), elle se retrouve enfin derrière son guichet. Pendant dix minutes elle demande à Xiao Lin de lui traduire mot pour mot et en chinois le terme « Carnet de passage des véhicules en douane », ce qu'elle tente de faire avec toutes les peines du monde. D'autres questions aussi étranges se suivent, mettant notre patience à rude épreuve. Enfin, elle nous tend le carnet de passage tamponné comme il se doit, tout simplement libre de circuler en Chine...

Nous restons sans voix. Y a-t-il une arnaque ? Une incompréhension quelconque ? Quoiqu'il en soit on ne reste pas plantés là, et sans tarder on se dirige vers la sortie du poste frontière. Selon l'usage nous montrons différents documents. Tout est en règle. La voiture franchit doucement la dernière grille. Mais à peine sur le sol chinois, un cri retentit derrière nous. L'officier lève les bras et nous ordonne de nous arrêter. Il manque un papier. Quelque chose cloche. Attendez !

Dans la réalité ce genre de suspense de bas étage est particulièrement angoissant. On s'en passerait bien ! Mais finalement après un dernier coup de téléphone l'affaire est tirée au clair. Nous pouvons rouler. Rouler en Chine. Le rêve !

Les dernières infos actualisées pour entrer en Chine avec son véhicule.
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Tribulations en Chine
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Xiao Lin en pleurerait presque de bonheur. Un peu inquiète tout de même de savoir si nous allons pouvoir sortir sans encombre de cette bourgade. Mais nos derniers doutes tombent vite. A la sortie de la ville, un poste de police barre la route. C'est un contrôle d'identité banal sans aucune vérification des papiers du véhicule. La Chine est à nous. Pourvu que ça dure.
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-------------Première route chinoise.
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La route de la soie est à nous...
Moralement et physiquement exténués, nous faisons halte à 80 km, à Bole, la première agglomération d'importance sur notre route. Xiao Lin nous dégote une chambre toute simple dans un grand hôtel à 4 euros la nuit. Hélas, vers minuit, la police débarque dans notre chambre. L'hôtel n'est pas habilité à recevoir des étrangers. Nous devons changer pour un établissement de catégorie supérieure. Les mêmes histoires que j'avais vécues il y a dix ans à vélo se répètent. Palabres, négociations, patience, self-control... finissent par convaincre l'officier de nous trouver une chambre ailleurs et en accord avec nos moyens. Il nous promet de revenir dans dix minutes avec une nouvelle adresse. Mais la nuit est passée sans qu'on le revoie. Génial pour s'endormir !
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----------------Premiers bols de riz.
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500 km pour rejoindre Urümqi par l'autoroute. Les infrastructures qui équipent cette province pourtant reculée n'ont rien à voir avec celles de la Chine d'il y a dix ans. Les vélos ont quasiment disparu, remplacés par une flottille de véhicules chinois inconnus au bataillon (il y a aussi beaucoup de grosses voitures japonaises, des Volkswagen, des Citroën et des Peugeot, Hourrah !).
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-- Nos petites cousines chinoises...
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Les savants fous de PSA, présents sur le marché hyper concurrentiel de l’industrie automobile chinoise, se livrent à d’étonnantes expériences : la greffe d'un museau de Citroën sur le corps de vedette de la petite Peugeot 206 ! La Dongfeng Citroën C2, est une C2 de nouveau genre destinée au marché chinois et qui, à terme, remplacera la Dongfeng Citroën Elysée (une ZX rajeunie voici quatre ans avec les phares de la 306 restylée). Plus sur les voitures chinoises ici ou ici.

URUMUQI
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Nous profitons d’une journée de halte à Urümuqi pour glaner quelques heures de repos et remettre la mécanique de la voiture à niveau (vidange, filtres).
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La ville est la capitale de la région autonome de Xinjiang, au cœur d'une oasis située au pied du mont Tian shan, (« les Monts célestes ») qui culmine localement à plus de 5 000 m. Tout autour ce n'est que désert et aridité et pourtant ce sont plus d'un million d'habitants qui font vivre la cité et qui lui donnent ses airs de modernité. Après des périodes de contrôle chinois sous les dynasties Han (200 avant et après J.-C.) et Tang (618-907), Urumuqi devint, au VIIIe siècle, une place forte ouïghour, peuple musulman turcophone, avant de tomber sous les sabots des Mongols puis de repasser sous contrôle chinois au 18ème siècle. Elle fut longtemps une halte importante pour les caravanes en provenance de l'Asie centrale.

Lorsque l'on reprend la route, on comprend vite pourquoi l'isolement de la ville n'est que relatif. (Cernée d'immense déserts c'est pourtant la ville au monde la plus éloignée de la mer.) Un peu partout la plaine est piquetée de puits de pétrole. La bonne affaire !
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TURPAN : LE BAS DU MONDE

Pendant plusieurs jours nous allons suivre les traces de Marco Polo sur l'une des voies les plus importantes que constituait la Route de la Soie en Chine, et qui, comme toutes les autres, s'achevait dans la ville de Xi'an. Notre première halte nous amène à Turpan (Tulufan ou Turfan) ville oasis légendaire, considérée comme étant la ville la plus chaude de Chine (en été, car les hivers sont glacials). Elle se trouve aux abords d'une dépression qui descend sous le niveau de la mer à - 154 m. C'est le point le plus bas de Chine et le deuxième au monde après la Mer Morte. Avant de pénétrer dans la partie moderne de Turpan occupée principalement par les Chinois Han, nous traversons la vieille cité, habitée par les Ouïghours (les deux peuples se côtoient mais ne se mélangent pas).
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L'endroit avec ses ruelles et ses cours ombragées de treilles est très agréable. Les maisons en caillebotis de brique (pour faire sécher le raisin) surgissent des vignes. Les raisins, très sucrés, sont délicieux et produisent un vin qui fait la renommée de la région. Un système d’irrigation souterraine datant de l’antiquité, les Karez, permet d’irriguer les terres.
L’eau du Karez provient de la fonte des neiges des monts Tianshan (Montagnes Célestes). L’eau est puisée aux pieds de la montagne, puis un long canal d'irrigation soutterain la distribue aux différentes exploitations agricoles. Certains puits peuvent atteindre une profondeur de 70m.
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ASSURANCES SANS RISQUES

Lorsque mon frère Philippe (qui réside en Chine) a eu vent de mon entrée sur le territoire chinois il m'a aussitôt averti que depuis cette année l'assurance automobile était devenue obligatoire (or, depuis l'Iran, la voiture n'est plus assurée). Ne voulant pas attirer l'attention des forces de l'ordre, ou, suite à un accident courir le risque de me retrouver en prison, nous nous sommes donc rendus en toute impunité au bureau de la PICC, l'assureur officiel des Jeux olympiques de 2008. Bureaux sobres et clinquants : climatisation, ordinateur à chaque poste, distributeurs d'eau fraîche, chemise blanche sans cravate... Bien que notre demande fut probablement la première du genre dans la région, le chef du bureau n'y a vu aucun inconvénient. Nous avons signé une assurance au tiers pour 6 mois, à 70% du plein tarif (soit 63 euros), avec toutefois un inconvénient majeur : toute compensation financière doit être versée dans le bureau où a été souscrit le contrat. C'est-à-dire que si j'ai un accident à Yangshuo, lieu de notre destination, c'est comme s'il fallait - à distance équivalente - qu'un habitant du Mans se déplace jusqu'en Iran pour se faire rembourser !
A la sortie du bureau une foule se massait sur les bords de la chaussée. Badauds, ils observaient deux véhicules qui venaient de s'entrechoquer. L'employé qui nous accompagnait était hilare. Il n'y avait pourtant pas de quoi ; les accidents de la route sont les premières causes de mortalité en Chine, juste avant les méfaits du tabagisme. De quoi donner des cheveux blancs à tout assureur !

DESERT FLAMBE
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Les enfants voulaient du désert. Ils en auront soupé ! Tarim, Taklamakan, Gobi. La voiture doit avaler deux mille kilomètres de terre chaude et sableuse. Le plus souvent plat avec à l'horizon les crêtes déchiquetées des montagnes, et quelques vagues et lointains troupeaux de chameaux. Ici et là, éparpillés dans l'immensité, des oasis industriels et miniers : pétrole, nickel, uranium... Nous sommes sur la route 312 qui traverse tout le Nord de la Chine d'est en ouest, d'Urümqi à Shanghai, sur une distance de plus de 5 000 km.
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Tour à tour elle se présente sous la forme d'une autoroute, d'une nationale un peu usée, ou, pour notre malheur, de piste fracassée. Ce fut le cas dans la province du Gansu. 250 km de tôle déglinguée, un pis aller dans l'attente de la mise en service de l'autoroute construite sur l'ancienne voie de la route de la soie. Une horde de camions surchargés s'engouffrent sur cette unique piste cahotante dans des nuages de poussière. Par prudence, dans l'épaisseur du brouillard, nous allumons nos phares. Un champ d'une centaine d'éoliennes vibrent sur notre passage. La boîte de vitesses commence à craquer. Le moteur vient de faire ses 200 000 km (18 000 depuis le début du voyage). On roule en seconde avec une moyenne de 20 km/h. C'est long.

eoliennes dans le desert du xinjiangeoliennes dans le desert du Taklamakan
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LA MURAILLE DE CHINE



C'est dans le Gansu (ce long territoire s'étire d'est en ouest sur 1 500 km) que nous rencontrons les premiers vestiges de la grande muraille de Chine. Sur les 7000 km d'origine, divisés en plusieurs tronçons, il n'en reste que très peu en état. En fait, en apercevant une longue traînée de terre on avait des doutes. Mais c'était bien elle. Un muret de terre battue rongé par le temps et les intempéries.

forteresse de jiayuguangrande muraille de Chine

Par endroits, comme dans la ville de Jiayuguan, des forts subsistent encore. La forteresse de Jiayuguan construite entre deux chaines de montagnes en 1372 constituait la dernière place forte vers les confins Ouest de l'Empire. Le fort qui a été restauré représente un exemple classique de l'architecture militaire chinoise, et attire une foule impressionnante de touristes chinois.

jiayuguan fort de jiayuguan

le chameau de chineun chameau du desert en Chine

Sur les hauteurs, entre deux bosses, nos deux jeunes caravaniers, Lino et Bonnie, sont à la fois fiers et quelque peu impressionnés. Papa, quant à lui, s'essaie à l'art délicat du tir à l'arc sur des mongols mannequins envahisseurs. Loupé !

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Peu à peu la plaine désertique cède la place aux terres cultivées, émaillés de villages et de petites villes, entraînant sur la route un flot grossissant de véhicules en tout genre. Au moindre blocage, pour cause de travaux ou d’accident, c’est la congestion, qui peut parfois durer deux ou trois heures. Nous avons ainsi eu le droit à une autoroute bloquée par un feu de tunnel. Cependant aucun signe d’énervement n’est à noter chez la plupart des automobilistes sans doute habitués, ou résignés face à ce genre de tracasseries. Pendant ce temps, les villageois aux alentours font preuve d’une grande réactivité et proposent toute sorte de denrées aux automobilistes immobilisés : boissons fraîches, nouilles instantanées, fruits, ...
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Face aux dangers de la route, liés à la grande imprudence des conducteurs et à la forte densité de la population (voir paragraphe " rouler en Chine " ci-dessous), Xiao-Lin ne tient plus en place. Elle réclame à cor et à cri, et sans relâche, un ralentissement substantiel de notre bolide. C’est donc avec toute la prudence requise et sous l’œil vigilant de ma copilote que je slalome entre les motos chargées de boucs, contourne les triporteurs débordant de pastèques, esquive les vélos zigzaguant au gré du vent, pile dans un virage face à un buffle nonchalant, écrase les buissons de blé répandu sur la chaussée pour l’épandage en épargnant - si possible - les villageois ratisseurs... Nous ne comptons plus le nombre de fois où nous avons évité l’accrochage, pour ne pas dire l’accident fatal. Une affaire de chance je suppose.

Mais cela engendre beaucoup de fatigue et de stress dans le cockpit. Les étapes sont longues, et lorsque les enfants ont enfin la possibilité de pouvoir sortir de notre boîte de conserve, ils s’agitent en tous sens. Particulièrement Lino, une véritable sauterelle montée sur ressorts !
Au stress de la conduite nous devons aussi composer avec les conditions restrictives d’hébergement de certaines grandes villes. Ainsi, ayant traversé le Fleuve Jaune, à Lanzhou impossible de trouver un hôtel qui accepte les étrangers. Ceux-ci doivent exister, mais comment s’y retrouver, sans guide en poche, dans ces villes tentaculaires, quadrillées de voies express, et congestionnées de trafic. Nous préférons pousser nos recherches plus loin dans une ville de moindre importance. Si le calme n’est pas toujours au rendez-vous, les hôtels sont en revanche plus accommodants.
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-vues de l'hôtel
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Rouler en Chine :
Au fil des années l’infrastructure routière chinoise est en constante amélioration, avec une augmentation fulgurante du nombre d’autoroutes : " Depuis 1998, la Chine a affecté 20 milliards d’euros annuellement pour la construction d’infrastructures, la construction des autoroutes prenant la part du lion. La totalité des autoroutes du pays est maintenant de 19 453 km, comparée à 552 km il y a dix ans, soit le deuxième rang du monde, après le Canada !
Il a fallu à la Chine seulement dix ans pour établir un réseau routier semblable à celui que les pays développés ont mis quarante ans à construire. Excepté la région autonome du Tibet, les 30 autres provinces, municipalités et régions autonomes de la Chine ont toutes des autoroutes." Winter Wright Far Eastern Economic Review, Hong Kong.
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La qualité de ces nouvelles autoroutes est excellente, la plupart équipées de moniteurs de surveillance de la circulation, de postes de péage et d’illumination. La vitesse sur autoroute est en générale limité à 110 km/h (parfois plus). Seul bémol relevé sur ces axes : la quasi absence d’aire de repos et le nombre réduit de stations-service. Tarifs très variables : entre 0,02 et 0,04 euro/km (100 km = 3 euros environ).
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Le nombre de routes principales et secondaires augmente également avec la qualité (accès payant mais moins cher que l’autoroute). Dans l’attente, (on compte encore 30 ans pour compléter le réseau de 35 000 km qui reliera Pékin à d’autres municipalités et aux capitales de toutes les provinces) il faut s’accommoder des désagréments causés par les nombreux travaux qui jalonnent le paysage autoroutier. (Photos aériennes prises sur http://www.forum-auto.com/)
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Conduite : Les routes chinoises sont parmi les moins sûres de la planète avec un chiffre effarant de 270 morts par jour ! (les chiffres officiels sont sujets à controverse et l'Organisation Mondiale de la Santé table plutôt sur 600 tués et 45 000 blessés par jour). Et encore, on note une amélioration en 2005 (-8%) comparé à 2004. Le nombre de tués s'établit à 98 738, et les blessés à 470 000. En comparaison, c'est comme si la France avait aujourd'hui 15 000 morts par an sur les routes. Pas de quoi se gausser, ce chiffre est à peu près celui que l'on connaissait dans la seconde moitié des années 80. Mais comme le taux d’équipement automobile est encore très bas en Chine, on n'ose imaginer ce que ce sera lorsque l'on comptera 1 voiture par habitant ! Source : Patrick Garcia le 13 janvier 2006 :
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Effectivement rouler en Chine c’est un peu une affaire de roulette russe ! Les situations de mise en péril sont constantes, non pas tant à cause de la vitesse (les conducteurs respectent à la lettre les limitations, allant jusqu’à 30 km/h dans les villes), mais plutôt une désinvolture généralisée face au danger : les camions poussifs qui doublent à l’aveuglette ; le stationnement au milieu de la chaussée ; les villageois qui font sécher leur récolte sur le bitume ; rouler à contre-sens sur l’autoroute ; les deux roues non éclairés la nuit... Et pourtant le gouvernement accentue ses campagnes de sensibilisation à la sécurité routière, notamment à la télé, où les images chocs ne sont pas tendres avec la chair humaine.

La signalétique est bonne (dans les villes en caractères chinois et latins ; en arabe dans le Xingxang) mais parfois déroutantes dans les agglomérations (les noms des échangeurs sont indiqués au détriment des directions !) Contrôles routiers occasionnels (4 fois sur 5 000 km), et le rançonnage inexistant.
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La circulation reste très fluide sur les autoroutes quasi désertes. En revanche elle est assez dense sur les routes nationales en grande partie investies par les camions et divers véhicules collectifs (sans parler des tracteurs à trois roues, des vélos, etc.). Il y a déjà 60 millions de voitures qui parcourent la Chine, et ce nombre croît de 10 % par an. On comptera donc 130 millions de voitures en 2010. Et ceci au détriment de la bicyclette : en 1998, on comptait 180 bicyclettes par 100 foyers. Actuellement, le nombre est tombé à 140.
"On a calculé que si l’on comptait une voiture par 1,3 citoyen, comme aux Etats-Unis, on arriverait à 900 millions, soit 40 % du total mondial, et ces voitures consommeraient 5 milliards de tonnes de pétrole ou 20 % de la production du monde. Il est évident que la Chine - ou le monde - ne pourrait fournir l’énergie requise... de plus avec une énorme population et une superficie de terre extrêmement limitée, il est impossible pour la Chine de donner davantage d’espace aux voitures ", sans compter les méfaits de la pollution que cela entraînerait. Conscient du problème les autorités cherchent des solutions alternatives. Le développement important des véhicules électriques en ville en est un exemple. Ci-dessous, Philippe avec son scooter électrique (autonomie 50 km, rechargeable pour un coût très modique, et quel silence !) ; une solution idéale pour la ville ?
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Nombreuses stations-service en ville et sur les routes, toujours ravitaillées en diesel.

Quelques prix :
Diesel 0,45 euro/l (variable selon les régions, moins cher dans le Nord). Camping possible dans les endroits désertiques et montagneux, mais difficile ailleurs compte tenu de la forte densité d’occupation des sols. L’hébergement, bien que les prix aient fortement augmenté ces dernières années, reste très abordable (et négociable - on ne paie jamais le prix affiché), chambre double avec douche, TV, et climatisation compter environ 10 euros (5 euros sans la clim, et douche collective, nous avons eu droit à des hôtels au standard trois étoiles (frigo, distributeur d’eau etc., ne dépassant pas 20 euros pour nous quatre). La restauration reste toujours très bon marché : plat de nouilles avec morceaux de viande et légumes 0,25 euro, plat de viande avec légumes et riz pour une personne (voir 2) : 1 euro ; nombreuses boissons pétillantes et autres, par ex. Thé glacé 0,25 euro la bouteille de 500 ml. De plus en plus de supermarchés concurrencent les marchés et les petits commerces.
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Taux de change (août 2006) :
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1 euro = 11,00 Yuans (avril 2008)
Le change est facile. Possibilité également d’utiliser sa carte bancaire dans les nombreux distributeurs automatiques.
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Chine insolite
Sélection d'images étranges et de photos insolites de la Chine.
Photos de presse grand format.

Automobiles chinoises :

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03 juin, 2006

Turquie de l'est

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On s’enfonçant plus à l’est les repères s’estompent; les paysages avec ces vastes steppes deviennent plus sauvages et la population parsemée.

Un lieu qui illustre parfaitement cette atmosphère de bout du monde se situe sur le site antique du Nemrut dag. L’accès particulièrement abrupt et pentu, sur un revêtement en blocs de basalte, a fait souffrir l’AX qui a du finir sans ses passagers pour atteindre le sommet à 2 150 mètres ! Là de colossales statues trônent au pied d’une pyramide d’éboulis. En fait les statues ne sont pas si nombreuses et si « colossales » que ça. Les vestiges en eux-mêmes nous laissent donc un peu sur notre faim.





C’est dans la ville de Diyarbakir, qu’on a la nette impression d’avoir atteint le lointain Orient. Les bruits, les odeurs, et la foule dense, se mêlent dans ce foyer de la résistance kurde. Si plus de femmes portent le tchador noir enveloppant, il règne ici, comme dans les autres villes turques, une grande liberté vestimentaire.

Pour ne pas faillir à la règle nous sommes gentiment invités chez un marchand de tapis particulièrement attaché à son identité kurde (la plupart des gens que nous rencontrons dans cette région réfutent leur nationalité turque). La présence importante de militaires (surtout vers le lac de Van) nous montre que la région est toujours étroitement surveillée même si les autorités semblent lâcher un peu de lest (une télévision kurde vient d’être créée).

Mais comme ailleurs en Turquie, la ville est un reflet de deux mondes qui se côtoient : une modernité tapageuse et dynamique, et une omniprésence religieuse. En dépit des difficultés économiques il règne une grande effervescence dans la construction, des cités entières bordées d’immeubles multicolores poussent dans les banlieues des villes, ainsi que de très nombreuses mosquées. En revanche, la télévision affiche une modernité radicale et commerciale (des encarts de publicités s’incrustent sur le bas de l’écran pendant la diffusion des films !). Les programmes sont à la fois modernes dans la forme et le contenu (Tel. Portables, ordinateurs, épilateurs électriques...). On découvre les mêmes jeux télévisés qu’en France (repris sur le modèle américain) tel que « Qui veut gagner des millions », même dramaturgie, même décor et musique. L’uniformité du monde passe en priorité par la petite lucarne... et quel fossé avec la vie traditionnelle d’un village turque.
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La Turquie nous réserve beaucoup de merveilles et quelques soucis :

Les merveilles
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Nous contournons le lac de Van, une vaste étendue d’eau tranquillement assoupie au fin fond de l’Est de la Turquie, enchâssée dans un cadre magnifique de montagnes dénudées et de cimes enneigés. Nous poursuivons cette route pittoresque en remontant vers le nord à la découverte du palais d’Isac Pacha.
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Le cadre est époustouflant : Le palais édifié au 18ème siècle surplombe une vaste plaine avec en toile de fond le Mont Ararat. Instant inoubliable que d’assister, un verre à la main, au coucher du soleil sur cette merveille.

Réveillés le lendemain matin par les cris de rongeurs non identifiés, (voir la photo ; ceux qui reconnaissent peuvent toujours me renseigner).
C’est en pleine forme que nous prenons notre petit déjeuner en compagnie d’Alexis, un cyclo-campeur français, rencontré la veille au sommet d’un col à 2 644 m.
Il arrive du Caire, quelque peu échaudé par les jets de pierres des gamins kurdes du coin, et repart dans quelques jours vers la France en pédalant sur son drôle d’engin. Mais d’abord il compte bien réaliser l’ascension du mont Ararat.
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Nous-mêmes, en route vers la frontière iranienne, à 35 km de là, nous passons devant ce sommet mythique où se serait échouée l’Arche de Noë. Mais c’est ailleurs que nous échouerons...

Refoulés :

Nous restons, en tout et pour tout, deux minutes sur le territoire iranien, le temps pour l’officier en charge de l’ouverture des grilles de s’apercevoir qu’il manque le nom des enfants sur mon visa. Par de grands gestes et des cris de détresse il nous fait signe de déguerpir aussitôt, marche arrière sur une dizaine de mètres en territoire turc.

Tandis qu’une femme, coincée entre les grilles des deux pays, supplie et pleure toutes les larmes de son corps afin de pouvoir entrer en Iran, nous commençons à parlementer avec les douaniers. Mais rien à faire. Ils restent inflexibles face à notre feinte incompréhension. Il faut retourner 300 km en arrière jusqu’à la ville d’Erzurum, trouver le consulat iranien et dénicher un fonctionnaire suffisamment téméraire qui inscrive sur mon bout de papier le nom de deux enfants sages (qui ne jettent pas de pierres sur les impies).

Coincés :

Sauf que - classique ! - le visa turc de Xiao-Lin a été annulé, elle ne peut donc plus retourner sur ses roues, tout comme moi et le véhicule, qui avons plus que virtuellement quitté le territoire. Notre sortie fut notée de manière informatique. Dans ce cas là - comme je vais l’apprendre au bout de quelques heures - pas de retour possible. Les programmateurs ne l’ont pas prévu ; à se demander s’il ne s’agit pas d’une vaste mise en scène pour nous rincer.

Finalement on a bien voulu rajouter un coup de tampon sur nos passeports pour annuler les précédents, mais pour la voiture ils ne veulent rien savoir, il faut qu’elle sorte du territoire... pour y revenir ensuite ! Les douaniers iraniens sont d’accord pour me laisser entrer et ressortir seul avec le véhicule, à ceci près que mon visa sera tamponné et inutilisable.

Au bout du compte, beaucoup de stress et de fatigue, 5 heures d’attente, et 70 euros dans les bonnes poches afin de me permettre de me faufiler intra-turquos avec l’AX et simuler mon entrée en Turquie. Dans sa guérite un officier de police turc me demande si j’arrive bien d’Iran. Je mets quelques secondes avant de comprendre et de réagir, et puis cela fait tilt ! " Oui, oui, bien sûr, d’où voulez vous que je vienne ? ! ".
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Vaisselle cassée
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Retour à tombeau ouvert sur Erzurum. 300 kilomètres de bitume moelleux constellé d’imprévisibles et profondes trouées particulièrement difficiles à éviter lorsqu'un camion surgit en face. Cette fois-là, ce fut la fois de trop; la voiture plonge dans un nid d'autruche. Craquement sourd, sifflement et fumée qui sort de la roue arrière... Je pile.

Vérification des dégâts, rien d’apparent, hormis le fait que le pneu arrière droit sent le roussis. Je veux redémarrer pour voir s’il y a frottement, mais la voiture refuse de repartir. Le moteur est en rade.
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Par chance, deux Turcs dans leur camion se portent à notre secours. Vite fait bien fait ils remorquent notre voiture à l’aide d’une corde. Mais nous ne ferons pas plus de 500 mètres. Le pneu arrière droit, qui devait frotter sur la carrosserie, explose.

Heureusement nous avons croisé les rois de la débrouille. Les camionneurs conduisent leur engin en contrebas de la chaussée, baissent la ridelle, et chargent la voiture dans la remorque du Mitsubishi. Ils nous assurent que dans la ville qui se trouve à proximité il n’y a pas de garages qui puissent effectuer les réparations. C’est donc une bifurcation de 125 km, de retour vers le lac de Van, que nous opérons. Hélas dans la ville indiquée, tous les garages, en ce dimanche, sont fermés.

Finalement après avoir visité la famille en cours de route, fait une halte thé, essuyé un orage, nous sommes hébergés chez nos deux camionneurs : Mehmet et Halis. Nous partagerons le repas à même le sol avec la famille : mouton récalcitrant, soupe de concom-bre, yaourt, galettes de pain... La soirée se termine par une séance de brossage de dents - un peu gênante - dans une bassine et devant toute la famille réunie !
Levés à 5 heures du matin nous sommes les premiers arrivés au garage. Il y en a plusieurs regroupés dans un lotissement à l'extérieur de la ville, chacun ayant sa spécialité. Mais ici les voitures diesel ne sont pas légion (en revanche les Citroën sont courantes, et récentes). Finalement l’un d’entre eux finit par accepter de soigner la bête : reconnecter quelques câbles sournois, et changer les bougies de préchauffage et la batterie (tout cela était-il bien nécessaire ?).
Nous repartons le portefeuille bien allégé, mais encore trop lourd pour notre petite auto : la roue arrière droite frotte toujours légèrement sur la carcasse de la voiture, et risque d’exploser à tout moment. Les garagistes du coin nous assurent qu’ils ne peuvent rien y faire.

A cet instant précis nous sommes à deux doigts de jeter l’éponge, de mettre la voiture dans un cargo et prendre l’avion pour la Chine. Voyant notre désarroi l’un des garagistes frappe au burin sur la tôle pour l’éloigner un peu plus du pneu, puis nous conseille de charger le maximum de poids sur la gauche.

C’est ainsi que nous repartons. Advienne que pourra. Je vous passe les détails mais la suite ne fut pas plus simple... Lors de notre recherche en ville dans l’acquisition d’un nouveau pneu, la clef de contact refusa de fonctionner... Bloqués une fois de plus... Retour au garage pour changer le Neiman... Trouver un pneu de secours pas tout à fait de la même dimension... Bref j’en avais raz le bol de cette succession de coups pourris ; Xiao Lin et les enfants devaient patienter ici et là dans les garages et dans la rue... La fatigue se faisait sentir... Nous avions hâte de quitter ce bled tordu.

Nous repartons en fin d’après-midi avec la voiture estropiée, Xiao-Lin assise sur le siège arrière gauche, et un des deux enfants devant. De nombreux postes de contrôle militaires nous ralentissent. La fréquence des contrôles est peut-être liée aux troubles récents : La police paramilitaire a tiré des coups de semonce aujourd’hui pour empêcher une foule en colère de lyncher cinq suspects accusés d'avoir violé une touriste suisse dans le secteur !
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Irons nous en Iran ?

Enfin, un jour plus tard et 300 km, Hourra ! Le personnel du consulat d’Erzurum un joyeux luron qui ose rajouter le nom des enfants sur le visa iranien... Dans deux jours on y rentrera peut-être dans ce pays si l'AX, XL et SL tiennent le choc !

Dernière minutes : à l’annonce de nos déboires les messages que je reçois sur ma messagerie sont partagés ; certains m’encouragent à poursuivre la croisière en soulignant, avec la prudence requise, que " the show must go on ", d’autres en revanche, vu le dépérissement du véhicule, me préconisent de laisser tomber en précisant " qu’il n’y a pas de honte à changer son fusil d’épaule, et de prendre l’avion " ! Certes mon orgueil de papa aventurier ne doit pas se faire au détriment de la sécurité des enfants et de Xio-Lin... Entre les deux options mon coeur balance... Plutôt d’un côté... A suivre...
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Rouler en Turquie :
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Etat des routes : De bon à médiocre. Les petites routes n’ont parfois plus de bitume. De même que les grands axes constamment remaniés. Nids de poules fréquents. Les routes sont larges, avec de grandes courbes et de longues lignes droites. Peu d’autoroutes, souvent gratuites ou peu chères.
Conduite : Assez bonne, hormis dans les villes où elle devient vigoureuse. Klaxon largement utilisé aux feux, dépassement en tous sens. Signalétique correcte. Peu de circulation en campagne, mais très dense en ville. Vitesse respectée. Contrôles policiers fréquents autour des grandes agglomérations et très fréquents dans l’Est du pays. Nombreuses stations-derviches (merci Laurent !), aucun souci pour trouver du gasoil (très cher).

Quelques prix :
Diesel 1,20 euro/l ; 1 l de lait 1,2 euro ; Oranges 0,60 euro le kg. Pain 0,30 euro ; Camping entre 3 et 10 euros pour 4 pers. ; Hôtel, chambre triple avec petit déjeuner et climatisation : entre 18 et 30 euros (sauf Istanbul + cher). Repas pour 3 pers (3 plats chauds + salade) au restaurant : entre 6 et 13 euros.

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